Nouvelle génération à la tête de la distillerie de Porrentruy

Hervé Blanchard et ses deux complices. Élise Choulat © Éditions L’Ajoie
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PORRENTRUY Un peu comme Obélix, il est «tombé dedans quand il était petit»: Hervé Blanchard, de Courtemautruy, vient de racheter la distillerie bruntrutaine. Producteur de fruits et de damassine AOP de père en fils, l’Ajoulot de 34 ans a refait chauffer ses alambics cette semaine. À l’aube de la saison 2018, il nous présente son concept.

Vu l’alignement de tonneaux bleus devant le bâtiment, pas d’erreur, nous sommes bien à la distillerie de Porrentruy. Située dans la zone industrielle des Grandes-Vies, la petite maison a subi une véritable cure de jouvence à l’intérieur. Et pour cause! Elle vient d’être rachetée par un enfant du pays, un passionné d’eau-de-vie.

Un mal pour un bien

Le nouveau patron, c’est Hervé. Il est le fils d’Eloi Blanchard, bien connu dans le district pour avoir, notamment, participé à la fondation de l’Association des producteurs d’Ajoie de damassine, à l’origine de l’actuelle Interprofession damassine AOP. «Mon père et mon grand-père distillaient beaucoup, se souvient-il. Depuis gamin, je les accompagnais quand ils amenaient les tonneaux ici ou à la distillerie de Cornol.»

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Pourtant, ce n’est pas dans cette voie que le jeune homme avait commencé sa carrière professionnelle. «De métier, je suis mécanicien faiseur d’étampes, j’étais responsable de la gestion de produits dans une entreprise horlogère de la région.» Carriériste, le jeune homme se donne à fond dans son travail, jusqu’à ce jour de 2016. «Je me suis fait licencier pour raisons économiques. Je l’ai très mal vécu…» Mais grâce à l’aide de sa compagne, il rebondit. «Je me suis totalement remis en question. Je venais de racheter la maison familiale à Courtemautruy qui comprend un grand verger avec des damassiniers, pommiers, poiriers, mirabelliers, cerisiers… J’y passais tout mon temps et j’aimais ça. Je suis venu voir l’ancien propriétaire de cette distillerie pour lui demander s’il n’avait pas un job pour moi, il m’a répondu qu’il recherchait plutôt un repreneur. Ça a été comme une évidence pour moi.» Quinze mois plus tard, il signe l’acte d’achat, c’était en mars dernier.

Production et promotion

Après cinq mois de travail aux côtés de son prédécesseur – «car il n’y a pas vraiment de formation pour devenir distillateur» – , Hervé Blanchard, qui a également suivi une semaine de cours à la Haute école de viticulture et œnologie de Changins, est désormais seul maître à bord. «J’ai terminé en mai dernier avec la gentiane, et je recommence à distiller cette semaine les tonneaux qui restent de l’année passée.»

Entre deux, grâce au précieux coup de main de ses amis, le jeune homme a nettoyé les alambics de fond en comble et réaménagé l’intérieur du bâtiment. «J’ai créé un lieu d’accueil à côté de mon site de production où je pourrai recevoir les clients et organiser des dégustations. Car on aura aussi bientôt le Musée suisse de la distillation tout près (Ô Vergers d’Ajoie, près de la route de Cœuve, ndlr) et je pourrai accueillir les touristes qui souhaiteront s’imprégner de l’ambiance d’une distillerie», projette-t-il. En parallèle, il continuera à distiller ses propres fruits qu’il commercialisera sous la marque Distillerie de Porrentruy. «Il y a un marché pour l’eau-de-vie, assure-t-il. Surtout hors des frontières cantonales. Aujourd’hui on en boit moins, mais on privilégie la qualité et les arômes. C’est fini la goutte du grand-père qui arrache!»

Ces jours donc, les deux majestueux alambics des Grandes-Vies (de 250 et 150 litres) ont repris du service, et Hervé jubile. «Quand je viens ici, j’ai l’impression que c’est tous les jours samedi, quand on fait quelque chose de cool. Je ne me rends pas compte que c’est mon gagne-pain!» Mais la saison débutera réellement mi-août, quand les tonneaux de cerises auront fermenté. Suivront ensuite damassines, mirabelles, pommes et autres poires… Et vu la quantité de fruits sur les arbres cette année, on ne risque pas chômer à la distillerie de Porrentruy!

Un reportage d’Élise Choulat, paru dans le N°456 du 5 juillet 2018
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