Nouvelle patinoire, entre besoins et interrogations

Le visage de la future patinoire de Porrentruy, si le projet est accepté par la population. Crédit photo : Photomontage SIDP

PORRENTRUY Le projet de rénovation de la patinoire ajoulote est sous toit. Il doit maintenant être validé par les communes du district et ce, si possible, d’ici les vacances d’été. Mais le futur stade de glace soulève un bon nombre de questions dans la population et va jusqu’à cristalliser un certain mécontentement. Éclairage.

Romain Christe est, à l’échelle du district, ce que l’on pourrait appeler un personnage public. Souvenez-vous, c’est le triathlète qui a bouclé l’an dernier l’Ironman d’Hawaii, course reine de la discipline. Au quotidien, le Bruntrutain, économiste bancaire de formation, enseigne à l’École professionnelle commerciale à Porrentruy. Et depuis quelques semaines, il se fait le porte-voix de ceux qui contestent, non pas le fond, mais la forme du projet de rénovation de la patinoire de Porrentruy. Sa démarche, qu’il veut constructive, ne remet pas en cause le futur chantier, du moins pas complètement. «Les gens qui me connaissent le savent, je suis un fan de hockey et je suis 100% favorable à la rénovation de la patinoire. Tout le monde est d’accord pour dire que c’est une vraie nécessité. Mais le projet actuel et la manière dont il est amené me posent un certain nombre de problèmes

A l’autre bout du projet, Gérard Meyer, ancien maire de Courchavon et président du groupe de travail  «Patinoire» du Syndicat intercommunal du district de Porrentruy (SIDP), maître d’œuvre dans ce dossier. «Je comprends très bien que les gens réagissent. Ce projet est coûteux, il est ambitieux, il est complexe. C’est normal qu’il suscite des interrogations. Et c’est aussi notre rôle que d’y apporter des réponses

Un dossier urgent

Le décor est posé. Entrons dans le vif du sujet. «Pour moi, l’un des problèmes principaux est que l’on va demander aux Ajoulots de se prononcer (voir encadré) sur un projet de 30 millions de francs sans qu’aucune offre ait été demandée. Toutes les personnes qui ont déjà construit ou rénové une maison le savent, il y a presque toujours une plus-value entre le devis initial et le moment où les offres arrivent. A mon avis, cela va déboucher sur un surcoût qui peut s’avérer conséquent», indique Romain Christe.

Un argument qu’entend très bien Gérard Meyer: «C’est vrai, l’avant-projet se base sur des estimations. Mais des estimations très fines qui devraient se confirmer avec le retour d’offres. Nous avons choisi de procéder ainsi pour des raisons de calendrier. Si nous n’avançons pas rapidement, le projet pourrait être remis en question. Cela fait plusieurs années que la Ligue suisse de hockey sur glace donne des dérogations au HC Ajoie pour jouer à Porrentruy. De plus, il faut que le projet soit validé cette année. Si ce n’est pas le cas, la patinoire ne pourra pas devenir un centre de formation de hockey sur glace au niveau suisse et ainsi profiter des 800’000 francs de subventions fédérales.»

«Un manque de transparence»

A condition que tout se passe comme prévu, cette course contre la montre devrait permettre au SIDP de lancer le chantier dans le courant de l’année 2019. Et Gérard Meyer de préciser: «Il n’est pas question de mettre la charrue avant les bœufs, mais bien d’agir pour assurer la pérennité de la patinoire et, plus globalement, d’œuvrer pour l’attractivité de la région. Le potentiel centre de formation en est un bon exemple, il offrira une visibilité nouvelle pour l’Ajoie ainsi que des rentrées financières.» Mais pour que la patinoire puisse répondre aux exigences d’un tel centre de formation national, il faut une deuxième surface de glace et l’investissement qui va avec. «C’est là que le bât blesse. La Confédération promet 800’000 francs, ce qui est relativement peu et nous n’avons aucune garantie quant aux éventuelles retombées financières. Des centres comme celui-là, il pourrait y en avoir trois autres en Suisse, on n’est sûrs de rien!», note Romain Christe avant de poursuivre: «Mon autre problème dans ce dossier est la manière dont les chiffres sont communiqués. Je reproche au groupe de travail un vrai manque de transparence. On nous parle d’un total de charges annuelles de 882’000 francs que les communes ajoulotes devront assumer mais ceci sans prendre en compte les charges du HCA, ce qui fait passer le total à 1’500’000 francs… Ce qui fait une solide différence. Je ne veux pas entrer dans une guerre des chiffres mais là, ce n’est pas clair. Et si d’aventure le HCA devrait faire faillite, qui assumera ces coûts?»

Prendre un risque pour l’avenir

Pour Gérard Meyer, le plan financier du projet est «tout à fait transparent. Nous avons annoncé le dépassement, nous avons été clairs avec qui doit payer quoi. Les partenaires du projet que sont le HCA, le club des patineurs et le club de curling se sont engagés financièrement, de ce côté-là tout est entendu. Après, c’est sûr que le projet, comme tout projet d’ailleurs, représente un risque au niveau financer. Et c’est sûr qu’il va aussi ajouter des charges aux communes du district qui paient déjà beaucoup de choses. Mais si nous ne prenons pas ce risque aujourd’hui, ce dont nous sommes sûrs c’est qu’à terme, nous n’aurons plus de patinoire du tout.» Prochaine échéance pour la future patinoire de Porrentruy, le 17 avril, date à laquelle les maires du district donneront leur avis sur le projet.

Un reportage réalisé par Sébastien Fasnacht, 22 mars 2018, N°441


Le peuple se prononcera
Devisé à 29,5 millions de francs, le projet public de rénovation de la patinoire de Porrentruy a encore plusieurs étapes à franchir avant de devenir réalité. Il sera examiné le 17 avril prochain par les maires ajoulots avant d’être proposé aux communes du district. A Porrentruy, puisqu’il dépasse les compétences financières des autorités élues, c’est le peuple qui se prononcera. Dans les autres communes, il passera en assemblée communale. Tout ceci avant les vacances d’été. Si les deux tiers des communes donnent leur feu vert, viendra alors le temps de l’appel d’offres, de l’adjudication et du dépôt du permis de construire, démarches que les promoteurs souhaitent entreprendre cette année encore. Si tout se passe bien, soit sans grosses oppositions, le premier coup de pioche pourrait être donné au Voyebœuf dans le courant de l’année prochaine. SF