Offrir une alternative au système scolaire actuel

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DISTRICT Élèves en échec scolaire, professeurs surmenés, monde du travail en plein changement: l’école fait actuellement face à des défis de taille. Face à ces constats, une poignée d’enseignantes, dont plusieurs Ajoulotes, tentent d’imaginer une autre manière de transmettre la matière à travers une nouvelle approche: l’école démocratique.

Apprendre en restant assis à un pupitre ou en gardant une certaine liberté de mouvement? Répéter une matière théorique ou acquérir une expérience réelle, sur le terrain? Travailler pour tenter d’assimiler un savoir à long terme ou uniquement pour faire de bonnes notes? Des questions que se posent aujourd’hui de nombreux enseignants, pédagogues et professionnels du monde scolaire mais également de nombreux parents, tous préoccupés par le bien-être et par l’avenir des enfants, qu’ils soient écoliers, collégiens ou étudiants.

Repenser l'école? (Photo Sébastien Fasnacht © Éditions L'Ajoie)
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Mais aujourd’hui, le questionnement des objectifs scolaires et la manière de les atteindre tend à quitter le domaine pur de la réflexion pour se matérialiser, se concrétiser. Écoles Steiner, pédagogie Montessori, écoles démocratiques… jamais autant d’alternatives scolaires n’ont éclos simultanément aux quatre coins du pays, en réaction aux interrogations citées plus haut. Une réalité qui ébranle les fondements mêmes et la pertinence du système scolaire traditionnel.

S’adapter au rythme de l’enfant
À la fois maman et enseignante, l’Ajoulote Gipsy Heusler est convaincue par les bienfaits de l’école à la maison, également appelée instruction en famille. Ses deux fils, Tom et Ethan, 8 ans et 6 ans et demi, n’ont pas donc pas rejoint les bancs d’école au mois d’août dernier. «L’instruction en famille permet d’adapter le rythme à l’enfant, d’entretenir l’envie d’apprendre le plus longtemps possible en profitant d’aller découvrir des choses à l’extérieur, de jouer plus. En résumé et de mon point de vue, cela offre à l’enfant la chance d’assimiler la matière prévue dans le plan d’études classique de manière moins contraignante que dans une classe», explique la jeune mère de famille. Depuis 2016, le Service de l’enseignement a enregistré une forte hausse des demandes de scolarisation en milieu privé. «Jusqu’à cette date, nous avions une moyenne de 14 enfants scolarisés à la maison. En 2017 nous en avions 25 et l’an dernier 31. Ces demandes sont principalement faites pour coller aux envies familiales ou au rythme de l’enfant», souligne Catherine Geiser, ajointe au chef du Service cantonal de l’enseignement avant de préciser: «Mais attention, l’école à domicile doit répondre aux exigences fixées par la loi sur l’enseignement. Des contrôles sont effectués par notre service pour que l’enfant reçoive une éducation scolaire qui lui permette, en tout temps, de reprende un cursus normal si nécessaire ou si l’envie s’en fait sentir».

Collaboration et adaptation
En parallèle à la scolarisation de ses enfants à domicile et de son travail d’enseignante et aux côtés d’autres collègues, Gipsy Heusler réfléchit depuis maintenant deux ans à la création, à l’échelle régionale ou cantonale, d’une école démocratique. À ses côtés, Evelyne Christe de Porrentruy et Naomi Stiefel de Courrendlin, toutes deux enseignantes, partagent une réflexion commune sur le système scolaire actuel: «L’idée n’est pas de dire qui fait juste ou qui fait faux. C’est plus de repenser les choses, de se demander si l’école est encore adaptée aux besoins des enfants, des parents, des enseignants et même, à plus large échelle, de la société». Plus que d’apprendre coûte que coûte un savoir, l’école démocratique, telle qu’imaginée par les trois enseignantes, permettrait de mettre l’accent sur d’autres aspect du développement et de l’apprentissage chez l’enfant. «Le savoir est une chose. La collaboration et la mise en valeur de compétences en est une autre. La société change, le monde du travail aussi. On se rend compte de plus en plus que les diplômes ne garantissent pas forcément un emploi stable et enrichissant. Par contre, la flexibilité, le potentiel d’adaptation et l’expérience sont de plus en plus valorisée», poursuit Naomi Stiefel.

(Photo Sébastien Fasnacht © Éditions L'Ajoie)

Imaginer une autre voie
Encore au stade de projet, l’École démocratique jurassienne Mahana proposerait, dans les grandes lignes, une scolarité de 4 à 18 ans où tous les enfants se côtoieraient dans les mêmes espaces. Ceci avec, en ligne de mire, comme pour l’école à domicile, le plaisir d’apprendre en respectant les rythmes et les capacités. «Et il faut dire aussi que ce n’est pas une école dogmatique. Au contraire, plus que d’appliquer une pédagogie précise, nous allons prendre, dans les manières d’apprendre actuelles et contemporaines, ce qui convient à chaque enfant», note Evelyne Christe. Au risque alors, de rater certains apprentissage ou de ne pas en apprendre assez pour affronter le marché du travail? «C’est un argument que l’on entend souvent. Mais j’ai presque envie de répondre que c’est tant mieux si les adultes de demain ne collent pas exactement avec le monde d’aujourd’hui. Ils auront alors peut-être les armes pour en imaginer un autre, plus en lien avec les défis actuels et futurs», analyse Gipsy Heusler. Et Naomi Stiefel d’ajouter, «très souvent avec les nouvelles idées, il y a une phase où on les trouve complètement farfelues, ensuite, elles font un peu peur, puis elles deviennent évidentes. Mais encore une fois, notre but n’est pas d’imposer un modèle, mais d’offrir une alternative.»

Des réflexions ponctuelles
Avant de voir concrètement le jour, l’École démocratique Mahana devra, comme n’importe quelle autre école privée, répondre aux critères de la loi cantonale sur l’enseignement privé et sera soumise, comme n’importe quelle autre alternative scolaire aux contrôles effectués par le Service de l’enseignement. «Actuellement et de manière ponctuelle via les conseillers pédagogiques et les différentes conférences, le Service de l’enseignement se penche également sur les méthodes d’enseignement et les objectifs scolaires. Il est clair qu’actuellement nous devons apporter des réponses aux défis qui se posent dans le milieu scolaire, que ce soit au niveau de l’apprentissage, des effectifs, etc…, indique Catherine Geiser avant de conclure: «et tout ceci, encore une fois, dans le souci de l’avenir des petits écoliers et des jeunes étudiants.»

Sébastien Fasnacht

 

Un article publié dans notre édition du 14 mars 2019.

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