On a testé pour vous: le saut en parachute en Ajoie

Moment incroyable de liberté et d’émerveillement que les quelque 50 secondes de chute libre... © Swissboogie
Publicité

BRESSAUCOURT Se jeter dans le vide depuis 3000, 4000 ou 6000 mètres: le parachutisme est en train de se développer à l’aérodrome de Bressaucourt. Une entreprise spécialisée biennoise, Swissboogie, vient le week-end proposer des sauts sur le site ajoulot. Une aventure accessible à tous, ou presque, que nous avons voulu tester pour vous.

«Ça pourrait faire un article», me glisse mon collègue à l’oreille, sur le ton de la boutade, alors qu’il feuillette le programme de la journée d’inauguration du parc à avions à l’aérodrome de Bressaucourt. Nous sommes fin septembre. Je saute de ma chaise. «Ouiiii, je vais le faire!» Il me regarde d’un air incrédule, terrorisé qu’il est rien qu’à l’idée de grimper sur une chaise. C’est entendu : je sauterai en parachute.

760 sauts minimum

Publicité

J’empoigne donc mon téléphone et contacte Swissboogie, la société qui propose les sauts en Ajoie. Ma main tremble. Le rendez-vous, c’est la première étape vers le grand vide. «Pas de problème, venez samedi», me répond le jovial directeur et fondateur de Swissboogie, Henri Schürch. Le samedi arrive, la météo est mauvaise, le saut est reporté au 2 octobre. Ouf! Je suis un peu soulagée, il faut l’avouer.

Mais les semaines passent vite. À quelques heures de l’échéance, je recontacte mes amis parachutistes. «Vol maintenu, 13 heures sur place», m’annonce la voix sur le répondeur. Argggh… Mon ventre se serre. Après un plat de pâtes avalé sans appétit, nous partons pour Bressaucourt. «L’avion n’est pas encore parti de Bienne», annonce le responsable de la place. Il faut dire que le ciel est menaçant et ne tardera pas à lâcher ses grandes eaux. Nous sommes une dizaine à attendre, silencieux. Puis d’un coup, un appareil jaune et rouge, un Pilatus PC-6 Porter, se pose sur la piste. Ils sont là.

Nous descendons dans la salle de théorie où Gérard, l’un des parachutistes, nous présente le matériel. Le sac à dos qu’il tient dans la main cache une voile, puis une deuxième, un frein et même un système qui déclenche l’ouverture du parachute automatiquement à 650 mètres si l’on ne fait rien. Gérard nous apprend aussi que pour faire des tandems, les parachutistes doivent au moins avoir fait 760 sauts et 10 heures de chute libre. Quand même.

Sur le tarmac, nous nous retrouvons tous couchés sur le ventre, les bras et les pieds en l’air. C’est ainsi que nous devrons nous mettre pendant les quelque 50 secondes que durera
la chute libre. Après avoir enfilé nos combinaisons et nos harnais, nous attendons notre tour. Je serai de la deuxième volée.

À presque 4000 mètres, le saut dans le vide. © Swissboogie

Une affaire de famille

Le premier groupe embarque dans l’appareil et s’envole. J’en profite pour discuter avec Ursula. C’est la grand-mère; car Swissboogie, c’est une histoire de famille. En résumé, Henri et Ursula Schürch forment des parachutistes, civils comme militaires, depuis 1967. Basé à Bienne, le couple – qui s’apprête à passer les rênes à leurs petits-fils Marc et Sven Krause – propose des sauts «tout-public» comme celui que je m’apprête à faire depuis les aérodromes de Kappelen, Neuchâtel et Bressaucourt. Mais revenons à nos avions.

Le premier groupe s’apprête à retrouver le plancher des vaches. Les voiles jaunes et blanches se dirigent vers la piste, s’arrêtent presque au moment de toucher le sol. Tous nos camarades ont un sourire jusqu’aux oreilles. C’est bientôt notre tour, le temps, pour les parachutistes, de replier leurs voiles consciencieusement. Les trois tandems grimpent dans le Pilatus jaune et rouge. Étonnamment, la boule au ventre ne m’a pas rattrapée. Je trépigne d’impatience.

L’avion décolle. L’Ajoie, si belle Ajoie, s’offre à nos regards ébahis. Ma voisine se crispe au fur et à mesure que  l’aiguille de l’altimètre monte. Gérard, son binôme, lui parle, attire son attention sur le paysage, dédramatise l’instant sans en avoir l’air. Moi, je sauterai en dernier avec Raphaël. Sven, assistant de direction à Swissboogie, sautera en même temps que nous; c’est lui qui se chargera des photos pour mon article.

Presque 4000 mètres. La porte de l’appareil s’ouvre. Le vent et le bruit s’engouffrent dans l’habitacle. Ma voisine est la première à sauter. Tout va très vite. À peine 12 secondes entre chaque saut. Hop, le deuxième tandem se lance. Je n’ai pas le temps de réfléchir. Raphaël
s’assied au bord de l’appareil, j’ai déjà les pieds dans le vide. Je récapitule: «La
tête en arrière, le dos cambré, les mains sur le harnais…» Sven est devant moi,
il va sauter en même temps et tâchera d’immortaliser l’instant. Il lâche la porte et se lance dans le vide. Quasiment instantanément, mon regard, qui fixe l’aile de l’avion au-dessus de ma tête, bascule de 90° et retrouve la vision du sol…

Moment indescriptible que celui que je viens de vivre. À peine une fraction de seconde, un lâcher-prise, une sensation d’abandon et de confiance absolue. Incroyable.

Un dangereux goût de «reviens-y»

Mais l’histoire ne s’arrête pas là! Plusieurs dizaines de secondes de chute libre s’offrent à moi. Nous descendons à quelque 200 km/h (57 mètres par secondes, précisera l’altimètre). L’air, froid, balaye mon visage, j’ai l’impression de voler, la résistance de l’air nous porte. Sven est en face avec son appareil photo et sa caméra solidement arrimés sur son casque. Il me demande si tout va bien. Si ça va bien?! «Géniaaaaaaaaal!»

Mais le temps passe vite. C’est déjà le moment d’ouvrir le parachute. Raphaël tire sur la lanière, nos corps basculent de l’horizontale à la verticale, la voile nous retient par les épaules. Soudain, le calme, la sérénité. Encore quelques minutes et nous retrouverons le sol, tout en douceur.

De cette expérience, je pourrais vous en parler pendant des heures, noircir des pages et des pages sans jamais arriver à vous expliquer exactement ce que j’ai ressenti. Je sais seule-
ment que je retournerai à Bressaucourt et que j’ai déjà commencé à mettre de côté pour mon prochain saut!

Élise Choulat

Article paru dans notre édition abonnés n° 274 du 11 octobre 2016 

Était-ce de l’adrénaline ou de l’endorphine qui a provoqué les sensations qu’Élise a ressenties? Les hormones et le sport, c’est le sujet d’un autre article paru dans notre édition abonnés n° 579 du 4 février 2021 et signé… Élise Choulat, bien sûr!

Publicité