PORTRAITS DE GALERIES (2/5) Les Annonciades, entre création et patrimoine

Jean-Luc Barbier à côté d'une gravure de Guy Lamy. Claire Jeannerat © Éditions L'Ajoie
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SAINT-URSANNE Les lieux d’exposition de notre district ont chacun leur ligne artistique. Chez Jean-Luc Barbier, le deuxième invité de notre série, la peinture figurative et les artistes d’ici sont à l’honneur. Mais le maître des lieux garde l’œil et l’esprit ouverts.

Depuis sa création, la Galerie des Annonciades, à Saint-Ursanne, a connu deux adresses. D’abord installée à la rue du Quartier, elle a déménagé par la suite au numéro 18 de la rue du 23-Juin, dans un local plus vaste et mieux adapté à la démarche du galeriste Jean-Luc Barbier. Divisé en trois espaces, le lieu permet en effet d’accueillir simultanément plusieurs expositions, comme c’était le cas lors de notre visite: les premières cimaises étaient occupées par les œuvres de Jean Perrin, peintre genevois bien vivant; les suivantes étaient dédiées à André Bréchet et Guy Lamy, artistes enracinés dans le Jura et décédés respectivement en 1993 et 2000. Création et patrimoine, artistes d’ici et d’ailleurs: tout est dit, ou presque.

De la musique au dessin  

C’est une longue histoire qui précède la création de la Galerie des Annonciades. Car Jean-Luc Barbier, musicien de jazz de formation, s’intéresse aux arts visuels depuis plusieurs décennies. Cet intérêt le conduira à prendre des cours de dessin et de peinture dans les années 1980, avant d’en donner à son tour. «J’avais des ateliers à Zurich, Genève, Lausanne et Neuchâtel», se souvient-il.

Une œuvre de Jean Perrin, exposée en 2019. © Galerie des Annonciades
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À son arrivée dans le Jura, il y a une vingtaine d’années, il en ouvre un à Porrentruy, à la rue… des Annonciades. C’était l’antichambre de la galerie du même nom: «J’avais pris conscience qu’il était nécessaire pour les élèves d’exposer, explique Jean-Luc Barbier. J’ai entendu dire qu’il y avait un local à louer à Saint-Ursanne, et en venant voir j’ai trouvé que ça convenait bien pour une galerie.» C’était à l’automne 2013, et l’exposition des travaux d’élèves fut bientôt suivie d’une autre, consacrée à une artiste plus aguerrie, puis d’une autre encore… On connaît désormais la suite.

Valoriser des fonds d’ateliers

Il est vrai que «ce n’était pas un coup de tête, insiste Jean-Luc Barbier. On ne s’improvise pas galeriste.» À présent retraité, il se consacre à son activité avec la passion d’un amoureux de l’art et l’engagement d’un professionnel, à raison d’une dizaine d’expositions par année. Mais comment choisit-il les artistes qu’il présente parmi les «deux à trois demandes, minimum» qu’il reçoit chaque semaine? «Il y a cinq ans je n’avais pas d’option esthétique particulière, confesse-t-il, mais un goût marqué pour le dessin. Maintenant je commence à m’en distancer.» Et d’évoquer cette exposition du Neuchâtelois Jacques Minala prévue en avril et que «je n’aurais peut-être pas retenu au début. La ligne vient avec le temps, au fur et à mesure que l’on découvre le travail des artistes, qu’ils nous l’expliquent. On apprend ainsi que la normalité est plurielle. C’est notre rôle, à nous galeristes, de ne pas nous cantonner à un univers bien précis.»

Outre la création contemporaine, Jean-Luc Barbier se préoccupe également de «la survie des tableaux»: il recueille et valorise les fonds d’ateliers de peintres décédés, souvent à la demande des familles. Guy Lamy, Polper, Fritz Boegli… Il est ainsi dépositaire des œuvres d’une dizaine d’artistes, souvent jurassiens ou neuchâtelois, dont les toiles sont en vente sur son site internet, ce qui lui vaut d’avoir des clients dans le monde entier. Mais sa fierté et son bonheur sont ailleurs:  «C’est quand, à la fin d’une exposition, on va apporter un tableau chez le client et que, comme ça m’est arrivé dernièrement chez un jeune couple qui avait acheté une toile de Sylvère Rebetez, il semblait destiné à l’endroit choisi pour l’accrocher. On voit alors qu’il va prendre vie.» Un amoureux de l’art, on vous le disait.

Claire Jeannerat

Article paru dans notre édition abonnés n° 481 du 24 janvier 2019

D’autres galeries dans le district de Porrentruy? Elles ne manquent pas. Le Journal L’Ajoie leur avait consacré une série en 2019. Retrouvez les autres articles ici:

La Galerie du Faubourg, à Porrentruy

Le Château de Miécourt

La Galerie-Artothèque Le LAC, à Porrentruy

La Galerie du Sauvage, à Porrentruy

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