PORTRAITS DE GALERIES (3/5) Le LAC, où l’on chérit «l’art de l’imparfait»

Thierry Landault est le créateur et animateur du LAC. Claire Jeannerat © Éditions L'Ajoie
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PORRENTRUY Il a une vision à la fois panoramique et pointue de l’art: Thierry Landault est l’âme de la Galerie-Artothèque Le LAC (pour Loisirs–Arts–Création), qui fait l’objet du troisième épisode de notre série sur les lieux d’exposition du district.

Le moment n’était pas idéalement choisi pour visiter la Galerie-Artothèque Le LAC, à Porrentruy: les cimaises, qui accueillent d’ordinaire entre 50 et 70 œuvres, étaient vides. Ces quelques semaines allaient permettre à Thierry Landault, le créateur de la galerie, d’organiser la prochaine saison et de se livrer à d’autres occupations, pas forcément compatibles avec l’accueil du public: la préparation de catapultes à confettis pour le Carnaval des enfants. Dans l’intervalle, une sélection d’une dizaine de dessins était présentée à la Brasserie des Deux-Clefs, un peu plus bas dans la vieille ville de Porrentruy.

Mais revenons au numéro 27 de la Grand-Rue. Si aucune exposition ne s’y tenait à ce moment-là, ce n’est pas pour autant qu’on y chômait. Car la galerie jouxte un accueil de jour fréquenté par des résidents du Foyer de Porrentruy, que Thierry Landault, lui-même artiste-céramiste, anime depuis une dizaine d’années. Cet après-midi-là, ils étaient cinq ou six, mais au total ce sont les œuvres d’une vingtaine d’artistes qui en temps ordinaire sont accrochées aux murs de la galerie. «Quand j’ai vu leur propos pictural, je me suis dit qu’on ne pouvait pas en rester là», explique Thierry Landault. C’est ainsi qu’est née la Galerie-Artothèque Le LAC, en 2013.

L’inspiration du «wabi sabi»

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Les mots «art brut» viennent bien sûr immédiatement à l’esprit. Mais Thierry Landault n’est pas un adepte de cette catégorisation, en tout cas pas telle qu’elle est comprise le plus souvent: «On a prétendu que l’art brut était l’art des fous, ce n’est pas vrai. En tout cas ce n’est pas ce qu’en a dit Dubuffet.» Quoi qu’il en soit, le maître des lieux évoque beaucoup plus volontiers le wabi sabi, cette forme d’esthétique japonaise qui célèbre «la beauté des choses imparfaites, impermanentes et incomplètes». Et s’il s’enthousiasme devant la qualité ou l’expressivité de certaines œuvres, Thierry Landault souligne en même temps qu’ «il faut sortir du clivage du « j’aime/j’aime pas ». L’art n’est pas un bien de consommation, en tout cas pas pour moi. Il s’agit plutôt de découvrir la personne qui est en face de nous, de partager des émotions. Au final, ce qui compte, ce n’est pas de savoir si c’est beau, c’est de savoir si c’est vrai. Et il y a ici des œuvres qui me font largement plus frémir qu’un Picasso, par exemple.» 

Une œuvre d’Hervé, l’un des artistes du LAC. Claire Jeannerat © Éditions L’Ajoie

Faites du dessin, l’événement

Pour partager ces émotions, justement, et «parce qu’il n’y a rien de pire pour un artiste que ses œuvres ne soient pas vues», le LAC multiple les ouvertures vers l’extérieur. En plus des expositions, il y a cette place dans la vitrine, qui accueille régulièrement un nouveau dessin; il y a ce «podium» dressé à côté de l’entrée qui propose – gratuitement – des carnets à dessins ou des «livres interactifs» issus du recyclage; il y a ces objets du quotidien à vendre, comme du papier d’emballage, de fabrication artisanale cela va sans dire. Il y a aussi la première Faites du dessin, un événement conçu sur le même schéma que la Fête de la musique, avec des endroits dans la ville où chacun peut, le temps de l’événement, s’emparer d’un crayon et se mettre à dessiner. Thierry Landault balaie d’une phrase toutes les réticences du genre «Je suis nul en dessin»: «Si on est à l’aise avec qui on est et avec le moment, il n’y a pas de problème.» Voilà une décennie qu’il en fait l’expérience au LAC, on peut le croire sur parole.

Claire Jeannerat

Article paru dans notre édition abonnés n° 482 du 31 janvier 2019

D’autres galeries dans le district de Porrentruy? Elles ne manquent pas. Le Journal L’Ajoie leur avait consacré une série en 2019. Retrouvez les autres articles ici:

La Galerie du Faubourg, à Porrentruy

La Galerie des Annonciades, à Saint-Ursanne

Le Château de Miécourt

La Galerie du Sauvage, à Porrentruy

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