«Pour collectionner les armes, il faut être irréprochable»

Passionné d’histoire, Arsène Plomb possède une impressionnante collection d’armes chez lui, placée en sécurité derrière une porte blindée. Danièle Gelin © Éditions L'Ajoie
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BONCOURT C’est un véritable arsenal que détient Arsène Plomb. Ce forgeron-maréchal possède plus de mille pièces datant de 1740 à nos jours, pièces qu’il expose dans les combles de sa bâtisse de trois étages. Depuis son plus jeune âge, il collectionne les armes de guerre. Mais attention ce n’est qu’accompagné du maître des lieux que vous pourrez passer la porte blindée de son exposition, car le site est hyper-sécurisé.

Dans les combles du premier étage se trouvent les armes étrangères, fusils, pistolets et mitrailleuses. Dans des armoires fermées et vitrées sont exposés les armes de poings, les couteaux et les baïonnettes, et au plancher gisent des mitraillettes. La visite se poursuit au deuxième étage avec le matériel suisse. Le sol, tout en métal, est constitué de plaques d’envol qu’utilisait l’armée américaine pour construire en quelques heures des pistes provisoires pour ses avions. Des plaques pas franchement plates et trouées, suffisamment en tout cas pour faire abandonner les talons aux visiteuses, même les plus coquettes.

Les munitions et les culasses sont dans un coffre, «à l’abri, assure Arsène Plomb, le maître des lieux. Même si la mitraillette là à gauche est pointée sur vous, vous ne risquez rien, elle n’est pas chargée.» Des fusils de toutes les époques sont solidement fixés à un présentoir grillagé peint en… rose, «pour adoucir un peu la dureté des armes» sourit le passionné. Le décor est planté.

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«Je les ai toutes démontées»

«J’ai commencé ma collection dès que j’ai eu l’âge de tenir quelque chose. J’ai toujours été intéressé par la mécanique, je possède tous les systèmes existant, même les plus compliqués. Certaines armes sont de haute précision et ça fonctionne, même si c’est encrassé, s’il y a de la boue. Je les ai toutes démontées au moins une fois.» Féru d’histoire également, le sexagénaire est particulièrement intéressé par la Seconde Guerre mondiale «qui s’est tout de même déroulée à deux pas de chez nous.»

Mais d’où proviennent donc ces armes ? «Il y a de nombreux collectionneurs, dont une vingtaine en Ajoie. Le bouche-à-oreille fonctionne bien. Il existe également des bourses où l’on peut acheter ou échanger. En Suisse le marché a longtemps été assez ouvert, vu que notre pays fabriquait des armes de qualité pour le monde entier. Aujourd’hui, la tendance est plus à l’élimination dans le but de restreindre leur nombre sur le marché qui s’est ouvert sur les pays de l’Est.» Ces armes ont-elles tué? «Peut-être bien oui, mais ce n’est pas l’important. Ce qui m’intéresse, c’est surtout les faits historiques auxquels ces pièces sont rattachées.»

Parmi ses armes anciennes, Arsène Plomb en a une qui a été fabriquée à Porrentruy. Sa plus vieille pièce est un fusil à pierre du régiment d’Eptingue datant des années 1740. Il est reconnaissable au poinçon de l’armurier, à la crosse de Bâle et à la lettre «G» de Gléresse, frappés sur la partie supérieure du canon.

Tout est contrôlé

Et le collectionneur de préciser: «Tout cela ne fait pas de moi quelqu’un de dangereux. Même si j’ai plus de mille pièces ici, je n’ai que deux mains. Tout dépend de qui détient l’arme. Si c’est un fou, c’est sûr qu’il fera des dégâts.» Notons que chaque élément de la collection d’Arsène Plomb est répertorié, numéroté, listé et traçable. «Je dois être irréprochable. Si je devais avoir un casier judiciaire, tout me serait immédiatement retiré

Danièle Gelin

Article paru dans notre édition abonnés n° 40 du 31 janvier 2015

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