«Pour rien au monde je ne manquerais Noël au Vatican»

Kevin Paupe, lors de la prestation de serment.
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MONTENOL À 25 ans, Kevin Paupe s’apprête à fêter son deuxième Noël au Vatican, au cœur même du monde chrétien. Garde suisse depuis quinze mois et heureux de l’être, il nous raconte les préparatifs et le programme des festivités.

Basilique Saint-Pierre, Rome, lundi 24 décembre au soir. Des milliers de fidèles seront rassemblés pour la messe de minuit célébrée par le pape François, l’un des temps forts de l’année pour tous les chrétiens du monde. Dans l’assistance et à proximité immédiate du souverain pontife, plusieurs hommes à la tenue reconnaissable entre toutes: des gardes suisses. Kevin Paupe, de Montenol, espère bien être l’un d’eux: «J’ai fait la demande pour ce service. C’est assez long pour nous, environ quatre heures de présence, mais il n’y a pas de mots pour décrire la beauté de cette messe.»

 Travail et préparation spirituelle

Électroplaste de formation, le jeune ressortissant du Clos du Doubs est entré à la Garde suisse pontificale le 1er octobre 2017. C’est donc le deuxième Noël qu’il passera au Vatican. «Pour rien au monde je ne manquerais cela!», s’exclame-t-il. Rares sont du reste les gardes qui prennent congé en cette période si particulière… et fort chargée aussi pour la Garde pontificale, comme l’est d’ailleurs tout le mois de décembre: le pape reçoit de nombreuses visites officielles à cette époque de l’année.

KEVIN PAUPE, garde du Pape. © Guardia Svizzera Pontifica
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Mais au cœur du monde chrétien on n’échappe pas – ce serait un comble! – à l’ambiance de Noël: «La caserne est décorée, nos chambres aussi», raconte Kevin Paupe. Surtout, «il y a une préparation spirituelle avec le chapelain de la Garde. Pour nous la messe est obligatoire tous les dimanches, mais s’y ajoutent en cette période des messes Rorate, qui ne sont dites que pendant l’Avent et éclairées seulement par des lumignons. C’est magnifique.»

Le Noël de la garde

Le point d’orgue de cette période, pour Kevin Paupe comme pour des millions de croyants, c’est la messe de minuit, «vraiment grandiose». La Basilique sera bien entendu comble et de très nombreux fidèles suivront la célébration à l’extérieur de l’édifice: «C’est très émouvant de voir les pèlerins qui viennent parfois de très loin pour l’occasion. Sachant qu’ils ne comprendront pas forcément la langue, puisque les messes officielles sont toujours dites en latin, on constate que le Christ touche.»

S’il ne connaît pas encore précisément le programme de ses journées du 24 et du 25 décembre, Kevin Paupe sait qu’il ne sera jamais bien loin du cœur de l’événement, messe de minuit et, le lendemain, bénédiction urbi et orbi. Quant aux réjouissances terrestres, c’est le soir du 25 décembre qu’elles auront lieu pour la Garde suisse: «C’est notre Noël à nous. Les familles des gardes qui sont mariés y participent, les enfants chantent, on partage un repas préparé par des sœurs polonaises, et on a aussi la tradition de l’ange gardien: on tire au sort le nom d’un camarade à qui on doit offrir un cadeau. C’est très sympathique.»

Le pape François, «comme un grand-papa»

Deux Ajoulots sont actuellement membres de la Garde suisse pontificale: le Bruntrutain Jean Barotte, d’ailleurs récemment promu au grade de vice-caporal, et Kevin Paupe, le dernier arrivé puisqu’il a prêté serment le 6 mai de cette année (après deux mois comme recrue et cinq comme garde non assermenté). «Je ne me rappelle pas vraiment la première fois où j’ai pensé devenir garde suisse. Mais j’ai toujours été fasciné par le monde de la chevalerie et la Garde suisse est ce qui s’en rapproche le plus de nos jours: on porte encore le costume d’apparat, les règles qui nous régissent sont très protocolaires et on jure de sacrifier notre vie pour la défense du pape, si nécessaire.» Ajoutez à cela une foi chevillée à l’âme de ce jeune homme de 25 ans, foi qui le poussait à «chercher le moyen de servir plus amplement la sainte Église et le successeur de Pierre», et vous comprendrez que la Garde suisse pontificale se soit finalement imposée à lui.

Après quinze mois de service, la réalité correspond-elle aux attentes du hallebardier Kevin Paupe? «Je dirais oui et non. Oui, parce que l’esprit chevaleresque est bien présent, et non, parce que le service est plus dur que ce que je pensais. Il y a de longues périodes où l’on reste seul, parfois sans faire un mouvement comme lorsqu’on est sentinelle d’honneur. On travaille beaucoup aussi. C’est un sacrifice qui est demandé.»

Mais il y a des compensations. La proximité avec le pape François en est une: «Il l’a dit, la première personne qu’il voit le matin et la dernière qu’il voit le soir est un garde suisse. C’est quelqu’un de très humble, d’une très grande gentillesse envers ses gardes, très attentif. Il voit tout de suite si quelque chose nous préoccupe, par exemple. C’est paradoxal, nous sommes là pour le servir, mais parfois j’ai l’impression qu’il est comme un grand-papa qui s’occupe de moi!»

Kevin Paupe ne regrette donc pas son choix, bien au contraire. Il a d’ailleurs d’ores et déjà décidé que, «si Dieu et le commandant me le permettent», il effectuera une année supplémentaire, et peut-être même davantage, au terme de son engagement obligatoire de vingt-six mois. Il y a donc d’autres Noël au Vatican en perspective pour lui.

Claire Jeannerat

Un article publié dans notre édition du 20 décembre 2018.
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