Quel avenir pour les foires bruntrutaines?

Les foires vivent un renouveau à Porrentruy. Mais jusqu’à quand? Crédit: © Benoît Monnin
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PORRENTRUY Samedi dernier, les rues de la vieille ville ont vibré au rythme de la foire. Malgré les vacances et la canicule, le public a répondu présent. Une tendance qui se confirme lors des autres rendez-vous de ce genre organisés chaque année. Mais, coincées entre le tourisme d’achat et le e-commerce, les foires bruntrutaines ont du mal à croire en leur avenir.

Elles font partie du patrimoine local. Morceaux d’histoire, elles ont ponctué la vie locale et fait la fortune de certains commerçants, qu’ils soient ambulants ou solidement implantés dans la région. Importantes également pour les agriculteurs qui venaient y écouler le fruit de leur labeur, les foires régionales vivent une période de turbulences.

Pourtant, à Porrentruy, elles ont à nouveau belle allure. Les exposants, une cinquantaine en moyenne, y reviennent avec plaisir et ce, de partout en Suisse. Des animations y sont organisées et le public apprécie de s’y balader, principalement en matinée. Mais pour Claudio Cussigh et Jean Müller, responsables de l’organisation de ces foires, cette image d’Épinal cache une autre réalité. «Pour l’instant, les foires se portent bien. Mais si vous nous demandez si ça va durer, c’est difficile de répondre par l’affirmative.» Et, selon les deux organisateurs, ce constat n’est de loin pas pessimiste. Il est tout simplement réaliste. Mais comment est-on passé de foires qui déplaçaient la région toute entière (lire notre page Passé Par Ici) à des foires qui risquent de disparaître?

Crédit: © Benoît Monnin

3500 francs de caisse en un jour

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Retour en 2010. Une date charnière pour les foires bruntrutaines. En collaboration avec la Municipalité, l’Union du commerce local (UCL à l’époque, ndlr) décide de rafraîchir et relancer le concept. Pour gérer l’épineux dossier, elle s’approche de Claudio Cussigh, forain professionnel. «Avant cela, les foires dépérissaient. Je me souviens d’un lundi matin où il  n’y avait qu’un seul stand pour toute la foire. Le pauvre commerçant, un Valaisan, n’a même pas ouvert. Il est parti aussi vite qu’il est venu.» Et pourtant, il fut un temps pas si lointain où la foire de Porrentruy rapportait gros. «Cette foire était prisée des commerçants, on y faisait même régulièrement de meilleures affaires qu’à Delémont le mardi, se rappelle Claudio Cussigh. Il m’est même arrivé de faire 3500 francs de caisse en une foire, cela devait être en 1995.»

Ouverture des tunnels et commerce en ligne

Mais en vingt ans, tout s’est accéléré. «L’ouverture des tunnels, l’arrivée du commerce sur internet, les grands discounters, le commerce de gros… tout cela a sonné le glas des foires régionales. Aujourd’hui, c’est très dur de tirer son épingle du jeu sur les marchés», poursuit l’ancien forain. «Et tout se sait très vite dans le milieu. Si une foire ne rapporte pas assez, les professionnels se le disent et ne reviennent pas, c’est un cercle vicieux.»

À Porrentruy, pour les faire repasser Les Rangiers, Claudio Cussigh et Jean Müller ont dû repenser de fond en comble le concept. Première mesure: ne plus organiser de foires le lundi, jour pourtant historique. «Cela n’a pas de sens de faire une foire le lundi, explique Jean Müller. Cela ne correspond plus aux habitudes professionnelles des gens! Le samedi par contre, c’est pertinent. Les gens ont plus de temps, ils vont faire leurs courses…» Deuxième mesure: proposer au public, en plus des stands, des animations aussi diverses que variées. «Cela peut être de la musique, un petit spectacle. Quoi qu’il en soit, c’est essentiel. Les gens ne viendront pas que pour les stands. Et s’ils n’ont rien à voir ou à entendre, ils resteront moins longtemps.»

Couleurs et saveurs. Crédit: © Benoît Monnin

Une logique commerciale globale

Petit à petit, la sauce a pris en vieille ville de Porrentruy, tant chez les forains que chez le public. «C’est vrai qu’il y a du monde, c’est réjouissant. C’est aussi très positif pour le commerce local et l’attractivité de la vieille ville. Il ne faut pas oublier que le monde attire le monde!» Aujourd’hui, les foires de Porrentruy sont soutenues par la Municipalité à hauteur de 10’000 francs par année. Une manne essentielle à leur survie. «Sans ce soutien, on met la clé sous la porte demain», avouent Claudio Cussigh et Jean Müller. C’est donc un fait avéré: les foires sont en danger. «Nous sommes en train de réfléchir à la suite pour proposer de nouvelles choses en marge de ces foires, expliquent les organisateurs. Mais une partie de la solution pour assurer la pérennité des foires se trouve chez le consommateur local! C’est la même chose que pour le commerce en général: si les gens d’ici privilégiaient un peu plus les magasins de la place et un peu moins les achats sur internet, on se retrouverait dans une logique commerciale plus saine et cela nous permettrait de voir l’avenir plus sereinement.»

Un reportage de Sébastien Fasnacht publié dans le N°459 du 8 août 2018

 


«Du travail en plus mais un bon moyen de se faire connaître»
Gérantes du magasin Beuret Fleurs, Émilie Salomon et Julia Rossi participent régulièrement aux foires bruntrutaines. Au-delà de l’aspect commercial, les foires sont une vitrine de choix pour les deux fleuristes. «Nous avons repris le magasin l’an dernier, les foires sont donc un excellent moyen de nous faire connaître, d’aller à la rencontre des clients», explique Émilie Salomon. Une manière de se positionner sur le marché, mais qui a un coût. «Lorsque nous tenons un stand à la foire, nous devons également laisser le magasin ouvert. Cela implique deux fois plus de travail sur la même journée, pour des rentrées financières qui ne doublent pas forcément. Mais c’est important de le faire, également pour l’attractivité commerciale de la vieille ville. En tant que commerçantes locales, nous devons faire cet effort», note Émilie Salomon. SF
Émilie Salomon et Julia Rossi, commerçantes à Porrentruy. Crédit: Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie

 

 


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