Rébiaie son patois ç’ât ébieugi son aivoi

Cés que défendant l’patois l’aint bïn dés côps r’maîrtçhè : ç’ât aivo ènne loûene, ïn djuron o bïn ènne maliciouse seinteince qu’an révoiye tchie lés dgens, l’envie d’en saivoi ïn po pu tchu çte bèlle laindye de nôs véyes dgens. Dâli, po aiccompaignie tos cés véchés que se cheuyant en lai poûetche dés dichtillous, i vôs en raippelle dous tras…

« È n’fât boire lai gotte qu’en dous occasions : tiaind qu’an maindge èt… tiaind qu’an ne maindge pe ! » 

« En lai Sïnt-Maitchin, bois ton vïn èt léche l’âve allaie â m’lïn ! »

« Lo bon Dûe n’é pe fait l’vïn po lés tchïns ! »

« Ç’tu que boit vïnt piain, ç’tu que vïnt piain s’endoûe, ç’tu qu’s’endoûe ne pâtche pe, ç’tu que n’pâtche pe vais â Pairaidis. Dâli : boiyans ! »

« – Airrâte de dïnche tassaie, te l’sais bïn : tassaie tue tot balement !

– I m’en fôs, i aî l’temps ! »

Ne craites pe que dains ci care de tiere an ne muse qu’en lai botaye ! Poétchaint, ïn p’tèt tçhissat d’âve de ç’lieje ne fait’pe de mâ â gairguesson.

Èt pe an dit bïn que « lai r’viere ne naye pe l’poûechon ! »

I crais qu’an s’veut seuvni de ç’t’annèe 2018. Èlle ât aivu boénne dains nôs campaignes èt lai tiere é bèyie ènne rïndyenaie de fruts : dés moûechons é foûejon, dés dâmaies è faire crôlaie lés aîbres, dés tieutchis que n’en finissant pu de bèyie yôs lédyumes.

Çoli n’sairait empétchie nôs bons paiyisains de trovaie que « cés boènnes annèes yusant lai tierre… », o c’ment ç’t’âtre, que l’dit aivô ènne pote en rujatte *: « lés boénnes annèes, ç’ât cès laivoû an pie lo moins ! »

L’micou

-TRADUCTION-

Oublier son patois, c’est perdre son bien

Ceux qui défendent le patois, l’ont bien souvent remarqué : c’est avec une anecdote, un juron ou une sentence malicieuse qu’on réveille chez les gens l’envie d’en savoir un peu plus sur cette belle langue de nos ancêtres.

Dès lors, pour accompagner tous ces tonneaux qui se suivent à la porte des distillateurs, je vous en rappelle deux trois…

« Il ne faut boire la goutte qu’en deux occasions : quand on mange et… quand on ne mange pas ! »

«A la Saint-Martin, bois ton vin et laisse l’eau aller au moulin ! »

« Le Bon Dieu n’a pas fait le vin pour les chiens ! » 

« Celui qui boit devient ivre, celui qui est ivre s’endort, celui qui s’endort ne pèche pas, celui qui ne pèche pas va au Paradis. Donc buvons ! »

« – Arrête de boire autant. Tu le sais bien, boire tue lentement !

– Je m’en moque, j’ai le temps ! »

Ne croyez pas que dans ce coin de pays on ne pense qu’à la bouteille !Pourtant, une petite giclée d’eau de cerise (kirsch) ne fait pas de mal au gosier. Et puis on dit bien que « la rivière ne noie pas le poisson ! » 

Je crois qu’on va se souvenir de cette année 2018. Elle a été bonne dans nos campagnes et la terre a donné des récoltes en abondance : des moissons à foison, des damassines à en faire croûler les arbres, des jardins qui n’en finissent pas de donner leurs légumes.

Cela n’empêche pas nos bons paysans de trouver que « ces bonnes années épuisent la terre » ou, comme cet autre qui le dit, sourire aux lèvres : « Les bonnes années, c’est où on perd le moins ! »

Un éclairage par Michel Cerf, publié le 16 janvier 2019, dans notre rubrique web uniquement
Damassiniers en fleurs. © Christian Engel

Histoires de patois…


Enfants, combien de fois, quand nous étions un peu contrariés, nous a-t-on dit :
« T’en fais ènne de pote ! ». Mais nous ne savions pas que cette « pote », c’était en réalité la lèvre un peu saillante qu’on avance en boudant… Quant à « rujatte », plus rare que « sôri », pour traduire le mot « sourire », il doit venir de « ruje » qui nous rappelle la ruse, la finesse qui caractérisaient le sourire de nos ancêtres.