Se mettre à l’écoute de soi pour éveiller son corps

La méthode Feldenkrais, tout en douceur. Élise Choulat © Éditions L’Ajoie

PORRENTRUY Avec la nouvelle année viennent les bonnes résolutions. Envie de bien-être? Et si vous testiez cette thérapie plus connue en Suisse alémanique que par chez nous, qui s’appelle la méthode Feldenkrais?

Le calme règne en cette matinée ensoleillée d’hiver dans les couloirs du numéro 1 de l’Allée des Soupirs, au-dessus de la librairie Le Pays. Dans la lumineuse salle de gym du deuxième étage, des personnes sont allongées sur un tapis. En face d’elles, Anita Rubini, assise, leur parle. D’une voix douce, elle les invite à prendre conscience de leur corps, de leur ressenti, de la manière dont elles perçoivent les différents mouvements qu’elle leur suggère. Bienvenue au cours Feldenkrais.

Réapprendre le mouvement

On pourrait penser que c’est de la gymnastique, mais ce n’en est pas. La méthode Feldenkrais est une technique permettant de réapprendre le mouvement, tout en douceur et surtout en pleine conscience. Reconnue par la Confédération (et donc remboursée par certaines assurances complémentaires pour autant que le praticien soit lui-même reconnu), la méthode Feldenkrais – du nom de son créateur dans les années 50, le Docteur Moshe Feldenkrais, physicien et expert en arts martiaux – permet d’améliorer sa mobilité et sa coordination, que l’on ait des douleurs ou non. «Son épouse était pédiatre. Il s’est donc basé sur les mouvements innés et naturels des tout-petits, des mouvements que nous avons perdus au fil des années, à cause de nos habitudes ou des carcans dictés par la société», précise Anita Rubini, infirmière-formatrice d’adultes et praticienne Feldenkrais à Porrentruy et Moutier.

En groupe ou en individuel

C’est suite à de gros problèmes de dos qu’Anita, alors infirmière dans les soins à domicile, s’est intéressée à cette technique. «Comme je ne pouvais plus bouger mon côté gauche, j’ai travaillé en grande partie en imagination, et ça s’est débloqué comme ça. Il n’est pas indispensable de se mouvoir, ce qui permet à tout le monde d’en bénéficier, les adultes, mais aussi les enfants, les personnes âgées (on peut pratiquer assis) ou atteintes de maladies comme la sclérose en plaques ou Parkinson, victimes d’un AVC ou de rhumatismes. Cette méthode agit sur le squelette et système nerveux dans son ensemble à travers la neuroplasticité, c’est-à-dire grâce à la capacité du cerveau à se régénérer, à retrouver de nouvelles capacités. Elle améliore également l’image et la confiance en soi en diminuant le stress et agit sur la qualité du sommeil. Des sportifs ou des artistes, acteurs, musiciens, pratiquent également, ça leur permet d’améliorer leur performances et de diminuer les risques de blessure et d’usure

Après une formation de quatre ans et 800 heures de cours, Anita Rubini pratique la méthode Feldenkrais depuis dix ans, en groupe ou en individuel. «C’est très différent mais complémentaire: en individuel, ça répond à une demande personnelle. Vous serez plutôt réceptive qu’active. Le praticien va agir à travers un toucher doux, sans douleur, en dialoguant avec votre système nerveux. Attention, on ne manipule pas! On va juste dire au corps de chercher d’autres pistes. En groupe, on va inciter les participants à devenir acteurs, à s’écouter. D’ailleurs, ajoute la praticienne, on ne montre jamais les mouvements. On les suggère uniquement par la voix et les gens vont découvrir par eux-mêmes de nouvelles possibilités plus simples de se mouvoir, de penser. En Feldenkrais, on dit qu’un mouvement est juste lorsqu’il ne demande aucun effort, qu’il est confortable et sans douleur. Un peu le contraire de ce que l’on a appris jusque-là, en somme.»

Témoignages

«J’ai commencé en individuel il y a près de deux ans, explique Isabelle, l’une des participantes du jour. Je n’avais pas de douleurs, mais besoin de déstresser, de me retrouver. Ça m’a permis de prendre conscience des différentes parties de mon corps, et aussi de relativiser. J’en avais besoin!» Car, comme le souligne Anita Rubini, «le physique et le psychique sont intimement liés». Chantal, elle, pratique cette méthode depuis quatre ans environ. «C’est très doux, on va à l’opposé de ce qu’on a l’habitude de faire. Souvent, on fait les choses avec trop d’efforts, alors ça permet de trouver d’autres possibilités et de se rendre la vie beaucoup plus simple!» Alors, en 2019, si vous redeveniez acteurs de vous-mêmes?

Un reportage d’Élise Choulat, publié dans le N°479 du 10 janvier 2019

www.feldenkrais.ch

Anita Rubini: 079 314 59 65