Se mettre en danger et réinventer le mot «travail»

Laurie Marchand, l’envie de faire avancer la région. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie

COURTEDOUX Quitter la voie tout tracée d’une carrière classique pour tenter sa chance en lançant sa petite entreprise, c’est la démarche dans laquelle Laurie Marchand s’est lancée dernièrement. Une manière pour elle de faire cohabiter compétences professionnelles et envies personnelles.

Comme partout, en Ajoie, il y a les grincheux qui répètent sans arrêt que rien ne va, que le district court à sa perte et que seuls les nuages stagneront au-dessus de la région ces prochaines années. Mais il y a aussi celles et ceux qui n’écoutent ces discours chagrins que d’une oreille, préférant mettre les mains dans le cambouis plutôt que d’égrener un chapelet de théories pessimistes. Laurie Marchand, 29 ans, fait sans aucun doute partie de cette deuxième catégorie. À de nombreuses reprises, l’enfant de Courtedoux, fille d’agriculteurs, aurait pu faire ses valises pour aller décrocher un emploi confortable au-delà des frontières du district.

Au contraire, elle a choisi de rester, de se mettre en danger professionnellement afin de tenter de développer sa petite entreprise qui, à la fois correspondrait à ses valeurs personnelles, tout en participant à faire bouger un peu les choses ici, en Ajoie. Son envie? «Aujourd’hui, j’ai quelques mandats en communication avec des commerçants du district ainsi qu’avec diverses associations, explique l’intéressée. Cela me permet d’avoir une base fixe pour mieux envisager le reste.» Le reste? «Je suis en train de lancer ma propre structure, LM Focus, dont le but serait d’organiser, en Ajoie, des séjours et des événements pour les entreprises d’ici et d’ailleurs qui souhaiteraient renforcer les liens entre leurs employés, tout en découvrant ou redécouvrant la région.»

Confronter ses idées à la réalité

Au bénéfice d’un bachelor en développement économique et d’un diplôme de l’école de tourisme à Sierre, Laurie Marchand suit actuellement la formation d’accompagnatrice en moyenne montagne. Une corde de plus à son arc et un atout supplémentaire indéniable pour son projet futur. «Mon envie est de travailler à 50% derrière mon ordinateur et à 50% dans la nature. Et si je lie cette formation au reste de mes compétences, cela va exactement dans la direction que je souhaite prendre avec LM Focus.» Plus qu’un rêve, la petite entreprise de Laurie Marchand est déjà sur les rails. «Ça se met en place gentiment. J’ai déjà eu quelques demandes et mandats ponctuels. C’est encourageant!» Plus que de simplement créer une nouvelle entreprise dans la région, la jeune Ajoulote souhaite confronter sa vision de l’avenir avec la réalité. «Je n’ai pas simplement envie de monter mon affaire et de travailler. Je pense qu’à notre petite échelle régionale, il y a de nombreuses choses à faire en mettant des compétences en commun, analyse Laurie Marchand. Je le vois actuellement avec mes mandats de communication: nombreux sont les commerçants et indépendants qui travaillent dur pour exister et faire exister la région. Ces synergies, à mon avis, c’est l’une des clés de la réussite à l’avenir. Pour les petits entrepreneurs et pour le district!»

Sur les bons rails

Après avoir donc passablement bourlingué professionnellement, d’un stage au Paléo festival à une agence de communication jurassienne en passant par le service dans un bistrot bruntrutain, l’entrepreneuse ajoulote semble donc être sur les bons rails. «Les bons, je ne sais pas, relève-t-elle. En tout cas, ceux qui me correspondent le mieux! Ces différentes expériences professionnelles, toutes enrichissantes, m’ont permis de me rendre compte que ce que je voulais le plus était de travailler dans la nature, le domaine agricole et en contact avec les gens!» C’est désormais chose faite, ou presque.

Un article de Sébastien Fasnacht, publié le 14 février 2019, N°484