Covid. Stop ou encore? Le bilan avec le ministre!

Jacques Gerber, covid, pandémie
Le ministre jurassien Jacques Gerber a répondu à nos questions, et à celles de nos lecteurs, au sujet de la pandémie. © DES - jura.ch
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CANTON Si la pandémie a été pour certains l’occasion de passer du temps en famille ou de repenser leur carrière, la crise a aussi laissé des traces: des morts regrettés et une société divisée. Alors que la pandémie semble derrière nous, avant de tout oublier ou de repartir pour un tour, prendre le temps du bilan nous paraissait important. Ministre en charge de la santé et de l’économie, Jacques Gerber a répondu aux questions de notre rédaction et de nos lecteurs.

Commençons par le présent immédiat. Est-ce que la crise est finie? Ou juste en pause?

Je ne suis pas madame Soleil et encore moins devin. On sent que le covid est toujours présent dans notre société. Dans certains pays européens, on voit une certaine recrudescence. On a des taux de positivité sur les personnes qui vont se tester qui sont à nouveau à la hausse. Ce sont des indicateurs qui ne sont pas positifs pour l’instant. Cela étant, on appréhenderait une nouvelle vague, certainement d’une autre manière, parce qu’on a deux ans d’expérience.

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Quelles seraient les mesures qui pourraient être réactivées sans délai?

Il y a des services qui demeurent. Premièrement, le testing – c’est fondamental d’avoir maintenu cela. Deuxième chose, la vaccination est également maintenue. Et puis, le moment venu, lorsqu’il y aura… s’il y a… une recommandation de la Confédération et qu’on s’enfonce dans une nouvelle vague qui amène des problèmes supplémentaires, on passera à un autre dispositif, peut-être le rétablissement de lits de soins intensifs supplémentaires à l’hôpital.

Mais le retour à la situation des mesures sanitaires n’est pas prévu?

Absolument pas. Pour l’instant, on est vraiment dans une phase d’observation de l’évolution de la situation, tout en sachant qu’on n’a plus tout à fait le même comportement des gens. Donc on a des individus qui peuvent tousser quelques jours mais qui ne vont plus systématiquement se faire tester, ce qui n’était pas le cas pendant la pandémie. C’est pour ça que les chiffres que l’on voit évoluer actuellement ne sont certainement qu’une petite partie de la réalité. Actuellement, on a toujours des morts en Suisse, mais il est clair qu’on n’est plus aujourd’hui dans la gestion d’une pandémie.

La presse mentionnait début juin que le Canton avait dû emprunter 100 millions pour faire face aux dépenses de la crise?

Ce prêt n’a rien à voir avec le covid. Cela a été très mal communiqué par les médias. C’est une question de liquidités, de fonds de roulement, simplement le refinancement de l’État pour faire tourner le ménage, c’est tout. Le covid n’a pas coûté 100 millions.

© ATC Future Médias

Le premier confinement visait à éviter le pic hospitalier, donc une surcharge des lits de réanimation. Deux ans plus tard, quels sont les investissements consentis pour augmenter cette capacité et donc éviter de rentrer dans un nouveau cycle de confinement et de mesures sanitaires? En nombre de lits?

Aucun lit en plus. On ne le fera pas. C’est un faux débat: on ne dimensionne pas les autoroutes pour le trafic aux heures de pointe. On ne dimensionne pas les urgences pour les jours les plus extrêmes. Si on faisait ça, on aurait en permanence, dans le canton, six lits de soins intensifs supplémentaires, avec tout le personnel qui va avec, qui seraient en attente. Donc c’est impossible.

Il faut voir ça plus globalement. Je pense qu’on ne doit pas raisonner sur un hôpital mais sur l’ensemble du système sanitaire suisse. Ce qu’a démontré le système suisse, c’est qu’il a tenu et a pu absorber la vague de patients: personne en Suisse n’est mort parce qu’il n’a pas eu d’accès aux soins intensifs.

Depuis janvier, plusieurs grands médias ont confirmé les méthodes de calcul des statistiques liées au covid. L’hôpital universitaire de Zurich a annoncé que 50% de ses patients covid étaient entrés pour autre chose, tout en étant positifs au covid. L’OFSP mi-janvier indiquait que son chiffre des décès quotidiens comptait toutes les personnes qui sont décédées alors qu’elles étaient porteuses du virus, et ce, indépendamment de la cause du décès. Alors que ces chiffres ont servi de base à toutes les restrictions, comment expliquer que ces méthodes de calcul aient pris deux ans à être explicitées?

Ce n’est pas après deux ans, c’est l’été passé, même au printemps de l’année passée qu’on a commencé à tenter de faire des distinctions entre des personnes qui sont hospitalisées uniquement pour le covid et puis des personnes qui sont hospitalisées pour autre chose et qui ont attrapé le covid. Après, dans les décès, on a encore des différences aujourd’hui entre les chiffres à la Confédération et dans les cantons. Il y avait des problèmes de transmission de l’information et de définition.

Alors, quand on donne les chiffres du Jura – nombre de morts ou de cas, on parle de quel bilan? Avec quelle méthode de calcul?

Très honnêtement, je ne pourrais pas vous dire aujourd’hui, je n’ai pas ce détail.
J’ai à peu près 200 cas de décès covid dans le Jura. On n’en retrouve que 103 sur le site de l’OFSP.

Mais si vous, comme ministre de la santé, ne le savez pas, alors qui peut le savoir?

Le seul qui peut le savoir, c’est l’hôpital, voire le médecin qui constate le décès. Ce que l’on sait, c’est qu’en matière de mortalité pendant ces vagues, comparée aux moyennes des 5 à 10 dernières années, on sort complètement des statistiques. On a une surmortalité. Donc avec toutes les mesures prises, on a eu une surmortalité. Quelle aurait été cette dernière sans les mesures? On ne le sait pas.

Une grosse hausse des primes d’assurances pour 2023 se profile. Les citoyens vont-ils indirectement payer la facture de la pandémie?

Comme vous, je n’ai pas les chiffres de l’augmentation des coûts, mais effectivement, les signes sont mauvais. Très honnêtement, je pense que le coût du covid a été assez marginal pour les assurances. Je ne suis pas sûr que ce soit ça qui va faire exploser les primes d’assurance comme on nous les annonce aujourd’hui.

© ATC Future Médias

La stigmatisation des non vaccinés va avoir un coût sociétal difficile à estimer. Est-ce que cette stratégie clivante a eu des bénéfices sanitaires?

Il n’y a jamais eu de stratégie clivante. Il y a eu une stratégie de communication sur la vaccination qui a clivé, mais le clivage n’était pas quelque chose de voulu. On s’en serait tous bien passé. Est ce qu’on a bien communiqué? Est ce qu’on aurait pu communiquer différemment pour éviter le clivage? Je ne pense pas. En revanche, je ne pense pas que pointer du doigt les non vaccinés ait aidé à les convaincre.

Pour moi qui suis un ardent défenseur de la vaccination mais également du libre choix, ce libre choix va de pair avec la responsabilité individuelle. D’ailleurs, très honnêtement, beaucoup de non-vaccinés ont été pendant deux ans plus responsables qu’un grand nombre de vaccinés qui faisaient n’importe quoi.

Dans l’urgence de la crise, les vaccins ont été autorisés très rapidement. Le temps de l’analyse est-il venu? Y a-t-il une étude en cours sur la population et les résultats de son excellente couverture vaccinale?

Je ne peux pas vous dire s’il y a une étude en cours. On est depuis maintenant un mois et demi en situation normale. Nous sommes en train de faire un peu le bilan de la crise. Mais je n’ai pas entendu de demande spécifique à ce sujet.

Soutiens ciblés, emplois sauvés

D’où sont venues les idées pour les mesures originales de soutien aux entreprises, uniques dans le Jura?

On était quelques personnes à régulièrement échanger. Chaque semaine, avec mes équipes RHT et promotion économique, nous faisions une visioconférence avec l’ensemble des faîtières des associations de l’économie jurassienne, tous les lundis matins, pendant une année et demie. Cela permettait de faire remonter les problèmes, en essayant de vraiment répondre aux besoins du terrain.

Le taux de chômage actuel semble indiquer que le covid n’a pas créé de dommage sur les entreprises du canton. Est-ce que vous craignez un effet différé?

Non, je ne crains pas l’effet différé sur l’emploi. Il peut y avoir des faillites «différées» mais ce ne serait pas des faillites «covid différées». Plutôt des faillites qui auraient eu lieu également sans le covid. Pour moi, dans le système jurassien, celui qui a fait une demande de cas de rigueur a pu compenser une grande partie des pertes, et donc ces mesures devraient permettre d’éviter une faillite. Si l’entreprise ne s’en sort pas, c’est qu’elle avait des problèmes structurels avant.

Le modèle qu’on a construit dans le canton du Jura est intellectuellement parfait. On donne à ceux qui en ont réellement besoin, qui ont subi une réduction par rapport à la crise, vu qu’on prend cette référence des chiffres d’affaires de la moyenne 2018-2019. On compense vraiment la perte. Je pense que notre modèle est le plus juste, car nous avons les chiffres réels, tout en étant un peu lourds administrativement.

On rejoint donc la phrase de Guy Parmelin au début de la crise qui disait que toutes les entreprises saines avant la crise s’en sortiraient après?

Je vais même plus loin: les entreprises qui n’ont pas été saines avant la crise ont pu la passer sans mourir. Entre guillemets, ils ont eu deux ans, deux ans et demi de survie en plus, pour certains. Après ce qu’il adviendra d’elles, c’est une autre chanson.

Propos recueillis par Clément Charles

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