Tout commence il y a 20 ans, sur la scène du Rock’Air Festival

Sim’s, à Porrentruy où tout a commencé avec le vinyle qui a changé sa vie d’artiste. Crédit : Sébastien Fasnacht © Editions L’Ajoie

PORRENTRUY Le rappeur Simon «Sim’s» Seiler revient avec un nouvel album, dans les bacs le 1er juin prochain. Derrière ce disque, intitulé Même pas peur, se cache une histoire écrite il y a vingt ans, entre la rue du Temple et le parc de Prés-de-l’Etang.

Cette année-là, Frank Sinatra décède, nos voisins remportent la Coupe du monde de football et c’est avec un Nokia 9110 que l’on appelle ses proches. Nous sommes en 1998, une année qui va changer la vie d’un jeune Ajoulot. Simon a 17 ans. Dans sa chambre de la maison de ses parents à la rue du Temple à Porrentruy, il gratte des rimes sur le papier et passe en boucle ses cassettes et vinyles préférés. Au dos de l’un deux, celui du groupe genevois Double Pact, un numéro de téléphone. «C’était le numéro d’Yvan Jaquemet, alias Yvan Peacemaker, le producteur du groupe. Je l’ai appelé et… il a décroché.» Les deux futurs grands noms du rap romand discutent. Sim’s se rappelle. «Pour moi c’était dingue de pouvoir lui parler. J’ai littéralement appris à rapper sur les instrus d’Yvan. C’était l’un des premiers producteurs en Suisse à sortir des vinyles avec d’un côté les morceaux et de l’autres les instrus.» Au terme de la discussion, Yvan invite Simon à lui envoyer un enregistrement, pour voir. «Je lui ai envoyé une cassette et il m’a rappelé. Il me dit: « On vient jouer au Rock’Air en août à Porrentruy, ce serait bien de se voir« . Là encore, c’était dingue! Traîner avec les mecs de Double Pact, chez moi, à Porrentruy… Je me souviens encore comment je m’étais habillé pour l’occasion », rigole Simon Seiler.

«Je ne touchais plus terre»

Et le jeune rappeur de 17 ans n’est pas au bout de ses surprises. A moins de deux heures du concert, l’un des membres du groupe genevois balance nonchalamment: «Hé, pourquoi tu viendrais pas rapper sur un morceau?» Pour Sim’s, le rêve devient réalité. «Je suis rentré chez moi manger avec mes parents, je crois que je touchais plus terre. Quelques heures après, j’étais sur la scène du Rock’Air à balancer des rimes aux côtés de Nega et de Stress complètement à l’arrache… Je sautais tellement partout que j’ai même fait sauter le vinyle du DJ…»

Un cinquième album

Vingt ans passent. Sim’s et Yvan font carrière chacun de leur côté, sortent des disques, enchaînent les scènes, gagnent le respect de leurs pairs et se croisent à l’occasion. Il y a deux ans, ils discutent en marge d’un concert et décident de travailler sur un projet. Un nouveau disque. «Après le Paléo et le Chant du Gros avec Les Repentis, j’avais deux options : soit je partais sur une formule acoustique, soit je me lançais dans un disque de gros rap, pensé pour la scène et imaginé pour faire sauter le public dans tous le sens», explique Simon. De cette réflexion, après de longs mois à écrire et à sélectionner des beats, autrement dit les morceaux instrumentaux sur lesquels le rappeur pose sa voix, débute un travail presque monacal dans le studio lausannois d’Yvan.

Même pas peur

Le résultat, un disque intitulé Même pas peur, qui marie gros sons hip-hop, rimes rageuses, refrains légers et mélodies souriantes. Un équilibre qui fait écho dans une large mesure à la vie et les influences actuelles de l’artiste bruntrutain. Sur son disque, on y croise un migrant qui rêve de mieux, une petite fille qui n’a peur de rien et une planète qui appelle à l’aide. «Je crois que je suis plus apaisé aujourd’hui. Ce qui ne veut pas dire que je me ramollis! C’est juste qu’aujourd’hui, j’arrive vraiment à prendre de la distance, à faire ce que j’aime et tant pis pour ceux qui ont envie de baver sur mon travail.»

Un article de Sébastien Fasnacht, publié dans le N°450 du 24 mai 2018

«Même pas peur» sera verni le 1er juin à la Case-à-Chocs de Neuchâtel et est disponible en pré-commande sur http://sims-lesite.ch/store/.