Tristan Solier: un être complet, un artiste total

La conservatrice du Musée de l’Hôtel-Dieu Anne Schild (à gauche) et Sarah Cuttat Liniger, l’une des filles de Tristan Solier, au milieu des œuvres de l’artiste. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie
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PORRENTRUY Il est l’un des grands noms de l’art ajoulot et jurassien. Tristan Solier, de son vrai nom Paul-Albert Cuttat, est né il y a cent ans cette année. Artiste touche-à-tout, avide de création et d’expérimentation, il était aussi cet homme cultivé et ce père partageur qui a marqué l’enfance, puis la vie, de sa fille Sarah.

Du bleu. Mais pas n’importe lequel. «Le bleu de mon père était joyeux et heureux et non pas, comme cela a pu être dit parfois, sombre et funeste.» Pour Tristan Solier, le bleu c’était une alchimie parfaite. Un équilibre fondamental. Une muse chromatique. Pour s’en rendre compte, et ainsi goûter à un morceau du vaste univers artistique du «fils de la nuit», comme il se définissait lui-même, il suffit d’arpenter actuellement les salles de l’exposition temporaire du Musée de l’Hôtel-Dieu à Porrentruy. Une grande rétrospective mise sur pied pour fêter les cent ans de la naissance de l’artiste bruntrutain, Paul-Albert Cuttat de son vrai nom, s’y tient jusqu’à la fin du mois de janvier prochain.

Un hyperactif calme

«Cette exposition me fait du bien. Vraiment du bien. On en parlait encore l’autre jour avec ma sœur. On a l’impression, à travers les œuvres exposées, que sa démarche artistique et sa personnalité ont été parfaitement comprises.» Ces mots sont ceux de Sarah Cuttat Liniger, l’une des deux filles de Tristan Solier. Avec une affection assumée, sincère et communicative dans la voix, elle se replonge dans ses souvenirs d’enfance, dans sa vie aux côtés de l’homme que fut son père. «Beaucoup de choses se passaient sur la grande table de la salle à manger. Une fois le repas fini, on poussait les plats et les assiettes et mon père sortait ses calepins, ses carnets. C’était un homme calme. Un hyperactif calme! (rires)»

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Se plonger dans son travail avec bonheur

Un calme qui a marqué de son empreinte l’univers artistique ajoulot et jurassien. À la fois attiré par la science, puisque pharmacien, et par l’art, le Bruntrutain était, aux yeux de sa fille, une sorte de Léonard de Vinci ajoulot. «À la maison, nous baignions littéralement dans l’art et la culture, au sens large du terme. Ça allait du jazz aux grands volumes des œuvres de Jérôme Bosch en passant par les encyclopédies médicales. J’ai été éduquée par tout cela. Cette éducation par l’image et peut-être d’autres choses encore ont fait que, à l’âge de 13 ans, je suis tombée folle amoureuse de Léonard de Vinci. Je trouve que mon père, toutes proportions gardées bien sûr, lui ressemblait. C’était un être complet. Un artiste total.»

Un avis que partage Anne Schild, conservatrice du Musée de l’Hôtel-Dieu: «Tristan Solier était un artiste majeur. Il était impensable pour nous de ne pas marquer le centième anniversaire de sa naissance. Nous avons essayé de mettre en avant plusieurs facettes de son art. Vu la quantité d’œuvres qu’il a laissées, cela n’a pas été particulièrement simple mais cela a été un vrai bonheur de se plonger dans son travail.» Et Sarah Cuttat Liniger d’ajouter: «Avec Anne Schild et Vital Schaffter, un fidèle parmi les fidèles, nous avons toujours eu de très bonnes relations. Nous savions donc que le travail de notre père était entre de bonnes mains.»

Un artiste et un père partageur

S’il a marqué le monde de l’art, Tristan Solier a également eu une influence indéniable sur sa fille Sarah. «C’était un artiste et un père partageur. Il était toujours prêt à répondre aux questions, à nous parler avec passion des artistes qu’il appréciait, à nous montrer ses travaux. En immense travailleur qu’il était, il m’a aussi appris que l’inspiration ne tombe pas du ciel. Il m’a montré qu’elle ne se libère que si on la cherche en profondeur, en y mettant de la force, de l’énergie et de l’engagement.» Un principe que Tristan Solier appliquait lui-même à la lettre et dont le résultat est à (re)découvrir à Porrentruy jusqu’à fin janvier.

Un article de Sébastien Fasnacht, publié dans notre N°478, 20 décembre 2018

Pour les heures d’ouverture du Musée de l’Hôtel-Dieu

 

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