Un club de jazz à la campagne, l’histoire d’un succès ajoulot

Denis Bédat, président du Point Jazz. Claire Jeannerat @ Éditions L'Ajoie
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COURGENAY En dix ans d’existence, un anniversaire fêté comme il se doit le 23 juin 2018, le Point Jazz a accueilli près de 600 musiciens et des milliers de spectateurs. Au départ pourtant, il ne devait s’agir que d’un local de répétition pour la fanfare du village. Chronique d’un succès qui n’était pas annoncé.

«L’histoire du Point Jazz, c’est d’abord l’histoire d’une fanfare de village.» Attablé dans la salle vide, entre une armée de lutrins au garde-à-vous, des portraits de jazzmen célèbres et un comptoir désert, Denis Bédat n’a pas à forcer sa mémoire. L’histoire du Point Jazz de Courgenay, il la connaît par cœur: c’est aussi un peu la sienne et celle d’un groupe de passionnés qui… Mais écoutons-le plutôt: «C’était la Muni, la Fanfare municipale si vous préférez, une fanfare plus que centenaire et qui, il y a une quinzaine d’années, a décidé de bifurquer et de se muer en orchestre de jazz.»

Rebaptisée la Muni Jazz, la formation est rapidement confrontée à un épineux problème: «Notre local de répétition devenait vétuste et avait besoin de travaux. Plutôt que de le rénover, on en a cherché un autre.» Se présente alors l’opportunité de reprendre la salle de l’ancien Hôtel du Mont-Terri, en face de la gare. La Muni Jazz dit banco.

Une réputation nationale et même plus 

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Moyennant quelques améliorations – elle était inutilisée depuis la fermeture de l’hôtel – la salle accueille bientôt les premières répétitions de la Muni Jazz. Mais «très vite, on s’est dit que c’était grand, quand même, et qu’il y avait peut-être quelque chose d’autre à faire». Sitôt dit sitôt fait (ou presque), les musiciens montent leur premier programme. On était en 2008, et c’est ainsi que le Point Jazz a vu le jour.

«Jacky Milliet nous a beaucoup aidés, souligne Denis Bédat, président et responsable de la programmation avec deux collègues. Il est venu jouer et nous a fait profiter de son carnet d’adresses.» Mais cela, c’était avant. Car au fil des ans le Point Jazz s’est fait une réputation et désormais les sollicitations affluent. «C’est assez fou, on reçoit des demandes de gens de Paris, de Marseille, de Zurich, certains qui nous disent « Untel a joué chez vous, ça nous intéresse aussi ». Ça devient – un peu – un club de jazz connu.» 

Du jazz plutôt traditionnel 

Le comité du Point Jazz ne compte pourtant que cinq membres, tous bénévoles. «C’est pour cela que notre saison ne dure « que » d’octobre à avril,  précise le président. Au rythme de sept à huit concerts par saison, la salle a ainsi reçu 574 musiciens en dix ans. Axée sur le jazz traditionnel, «des origines jusque dans les années 1970», la programmation se veut néanmoins variée: «On essaie de faire découvrir des styles différents, explique Denis Bédat. C’est surtout cela qui nous motive, bien plus que l’argent qui est de toute façon réinvesti dans l’amélioration de l’infrastructure.» Et ça marche: le Point Jazz, qui peut accueillir 100 à 120 personnes, fait le plein pratiquement à chaque concert. «Nos habitués viennent de l’Ajoie et de sa périphérie, mais on a aussi régulièrement des Bâlois, des Biennois, etc., énumère Denis Bédat. C’est cela notre plus belle récompense, le plaisir que les gens ont à venir jouer et écouter du jazz ici.» Pas mal pour le local de répétition d’une fanfare, non?

Claire Jeannerat

Article paru dans notre édition abonnés n° 453 du 14 juin 2018

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