Un réseau d’anges gardiens pour deux sœurs presque centenaires    

Emma Kaiser, à gauche, et sa sœur Alice Dora dans la cuisine de leur maison familiale, à Damphreux. Claire Jeannerat © Éditions L'Ajoie

DAMPHREUX Emma Kaiser, qui entrera samedi dans sa 100e année, et sa sœur Alice, qui fêtera ses 98 ans dans deux mois, vivent toutes les deux dans la maison qui les a vues naître. Seules, ou presque: un réseau familial et villageois s’est tissé autour d’elles et leur permet de couler des jours heureux dans leur environnement familier.

A elles deux, elles totalisent 197 ans. Mais qu’importe les années qui s’écoulent, Emma Kaiser et Alice Dora ont gardé leurs âmes de petites filles, toujours une chanson ou une réplique malicieuse à la bouche.  Les visiteurs ne manquent pas dans leur foyer, à Damphreux: il y a Bruno, le voisin qui vérifie chaque jour si la lumière est allumée et qui vient faire un petit tour tous les soirs; il y a Nicolas, le neveu et curateur, qui passe pratiquement chaque samedi et ne rate jamais une occasion de les faire rire; il y a Monique, l’ange gardien, qui cuisine, coiffe, habille, range, nettoie; il y a Michel, le compagnon de Monique, qui prend tous ses repas de midi en compagnie des deux sœurs, même que «ça leur donne de l’appétit»; il y a Sophie et Apolline, qui remplacent Monique les week-ends; il y a la coiffeuse, la pédicure, les employées des soins à domicile qui supervisent la prise de médicaments. Tout un petit monde, celui d’Emma et Alice, qui leur permet de continuer à vivre, à 99 et 98 ans, dans la maison de leur enfance.

De Damphreux à Bâle et vice-versa

C’est le 7 avril 1919 qu’Emma a vu le jour dans cette maison de Damphreux, dans le foyer d’Anna et Eustache Jeker dont elle était le premier enfant. Cinq sœurs et un frère ont ensuite agrandi la famille. Après sa scolarité, Emma a travaillé dans les ateliers de pierres fines du village avant de quitter Damphreux pour Bâle, où elle a été employée dans la restauration. C’est là qu’elle a fait la connaissance de Jules Kaiser, typographe, qu’elle a épousé le 20 septembre 1960.

Le couple n’a pas eu d’enfants mais n’a pas manqué de distractions, entre le ski à Montana et son pied-à-terre à Cannes. Après la retraite de Jules, de nombreux séjours à Damphreux ont agrémenté leur emploi du temps. Et c’est après le décès de son mari en 2005 qu’Emma a décidé de revenir vivre dans la maison de son enfance. Elle allait y être rejointe en 2012 par sa sœur cadette Alice, qui se retrouvait veuve à son tour après avoir elle aussi vécu la plus grande partie de sa vie à Bâle avec son époux.

Une saint Eustache mémorable

Pendant quelques années les deux sœurs se sont débrouillées seules, avec quelques coups de main ponctuels du voisinage pour les courses, notamment. Mais à un moment donné, «on a ressenti qu’elles avaient besoin d’aide», confie Bruno Hürlimann, le voisin déjà cité. C’est ainsi que s’est constitué, d’entente avec le curateur d’alors, le réseau qui permet aujourd’hui encore le maintien à domicile des deux presque centenaires et dont Monique Siegenthaler est le pilier central. Habitante de Damphreux elle aussi, elle a trouvé chez Emma et Alice un emploi qui correspond à ses qualifications mais aussi à son son affection pour les personnes âgées.

La routine qui s’est installée au domicile des deux sœurs est parfois bousculée par un événement particulier, comme ce fut le cas au mois de septembre dernier lorsque Nicolas Jeker, le neveu et curateur des deux sœurs, a réuni à l’occasion de la saint Eustache tous les descendants d’Anna et Eustache dans le verger familial. Ce sera encore le cas ces prochains jours avec l’entrée d’Emma dans sa centième année samedi. Une réception organisée par le canton et la commune aura lieu le 12 avril et la famille se rassemblera deux jours plus tard pour célébrer comme il se doit ce bel anniversaire. L’occasion peut-être d’entendre Emma répéter l’une de ses phrases favorites: «Eh oui Alice, on est chez nous et on a de la chance!»           

Claire Jeannerat, 5 avril 2018, N°443