Une collection aussi unique qu’inestimable

Publicité

COEUVE Maçon de métier, Jean Heusler s’est pris de passion voici plus de trente ans pour… les doubles-mètres. Au point où une partie de la maison qu’il a bâtie de ses mains est désormais tapissée de plusieurs milliers de ces outils . Un trésor unique en son genre.

Épaules larges, mains de travailleur, regard bleu acier: pas de doutes, le maître des lieux en impose. Mais au cœur du royaume sur lequel il règne, secondé avec bienveillance par son épouse Monique, pas question de lésiner sur l’hospitalité. «On va aller voir ce qui vous intéresse, puis on ira s’asseoir pour parler autour d’un café». Ce qui nous intéresse, justement, se trouve au dernière étage de la maison familiale. «Allez-y, vous pouvez monter.» Une fois passée la porte et gravies les quelques marches qui mènent au grenier, un univers aussi improbable que fascinant s’offre au visiteur. Des centaines et des centaines de doubles-mètres tapissent les murs et les pans intérieurs du toit de la maison. «Il y en a exactement 12’545. Cela fait plus de 35 ans que je les collectionne. Mon préféré? Peut-être ceux-ci, que j’ai moi-même utilisé sur mes chantiers, indique le collectionneur en désignant une série de mètres de charpentiers. Ou alors celui-ci. Chaque baguette est coposée d’une essence de bois particulière. Il est magnifique.»

Jean Heusler, dans son antre. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie
Publicité

L’Allemagne, pays du double-mètre
Fils d’agriculteurs, enfant de Coeuve, Jean Heusler est maçon de profession. Après 25 ans au sein de l’entreprise Donzé, dont la grande majorité comme chef d’équipe, il se met à son compte à l’aube des années 2000. «En tant que chef d’équipe, vous avez régulièrement des représentants qui viennent vous voir sur les chantiers. Et ils amènent presque toujours des doubles-mètres sur lesquels figure la marque de leur entreprise. Du coup, avant de les distribuer à l’équipe, j’en mettais toujours un de côté pour ma collection», sourit l’intéressé. C’est ainsi qu’est née l’une des collections les plus originales du district, si ce n’est du canton, voire même du pays. «Je n’ai pas connaissance d’un autre collectionneur de doubles-mètres dans la région. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas mais je ne les connais pas.» Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir cherché. «Avec mon fils, on a regardé sur internet. On a rien trouvé dans la région. En Allemagne, par contre, il existe des foires au doubles-mètre et le pays compte plus de 500 collectionneurs. Certains sont même devenus des amis.»

Chaque double-mètres est répertorié. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie

Un carnotzet tapissé de doubles-mètres
Aujourd’hui semi-retraité, Jean Heusler a donc plus de temps pour vivre sa passion. À plusieurs reprises, la dernière fois l’automne dernier, il s’est donc rendu en Allemagne pour rencontrer d’autres «follos» (c’est lui qui le dit) du double-mètre. «L’un d’entre eux, Klaus Linder, en possède plus de 42’000. Il a aménagé chez lui un carnotzet complètement tapissé de doubles-mètres. Un type vraiment très gentil.» A Coeuve, Jean Heusler n’a presque rien à envier à son homologue allemand. «J’ai encore de la place pour environ 5000 doubles-mètres, mais je n’ai pas forcément un objectif. Quand j’en trouve un qui me plaît, je l’achète. Certaines personnes m’en donnent également ou m’en envoient.»

L’entretien et la visite se terminent. Nous voici autour du café promis en début de visite (et d’un petit verre, «parce qu’ici, à Coeuve, on distille de bonnes choses.»), la discussion bifurque du double-mètre à la vannerie, l’autre marotte de Jean Heusler. Mais le temps file et cette page n’est pas extensible. Peut-être une autre fois, dans un prochain article.

Sébastien Fasnacht

Son double-mètre préféré. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie
Publicité