Urgences et sauvetage: les détails du projet

DISTRICT On l’attendait depuis longtemps et, en Ajoie en tout cas, non sans inquiétude. Présenté début juillet, le Concept cantonal de médecine d’urgence et de sauvetage sonne, comme certains le redoutaient, le glas des urgences sur le site de Porrentruy. Mais cela s’accompagne d’une foule d’autres mesures. Nous avons décortiqué le dossier pour vous.

Qu’est-ce qui remplacera les urgences de Porrentruy? Où devront s’adresser les patients ajoulots la nuit? Qu’est-ce que le SMUR? Les réponses à toutes ces questions que se posent ou se poseront les Ajoulots se trouvent dans le Concept cantonal de médecine d’urgence et de sauvetage. Mais puisqu’il n’a pas probablement été votre lecture de plage cet été, en voici les points forts pour le district de Porrentruy.

Les urgences de Porrentruy deviendront une policlinique, autrement dit «un lieu de consultation sans rendez-vous pour les cas légers», explique Olivier Guerdat, responsable de la communication pour l’Hôpital du Jura. Les patients y seront accueillis tous les jours (week-ends et fériés compris) de 9 heures à 18 heures, avec le même dispositif qu’aujourd’hui: un médecin urgentiste, un interne et deux infirmiers ou infirmières. Le site de Porrentruy ne disposant pas de bloc opératoire ni de soins intensifs, seuls les cas dits légers (angine, foulures, etc.) pourront y être traités, comme c’est déjà le cas actuellement. De 18 heures à 22 heures, ces patients-là, s’ils ne veulent pas se déplacer jusqu’à Delémont, s’adresseront à la garde médicale. Dès 22 heures en revanche, ils n’auront plus d’autre choix que se rendre à Delémont… ou d’attendre 8 heures le lendemain, heure à laquelle leur médecin traitant ou le médecin de garde seront à nouveau disponibles.

Les cas graves ne seront pas pris en charge à Porrentruy, mais ce n’est pas nouveau: le site de Porrentruy n’est pas équipé pour le traitement d’urgences vitales. Dans ces cas-là, de jour comme de nuit, il n’y a qu’une seule règle: appeler le 144 qui activera la chaîne de sauvetage. Selon la situation, le patient sera alors acheminé à Delémont ou à Bâle, comme c’est déjà le cas aujourd’hui. S’il arrive encore que des patients en situation grave se présentent aux urgences de Porrentruy, c’est de moins en moins souvent le cas, et le Dr Dumeng Décosterd, médecin-chef du Services des urgences, s’en réjouit: «Cela ne fait que retarder la prise en charge adéquate du patient grave, et même compromettre ses chances de bon rétablissement, voire de survie.»

Aujourd’hui déjà, les urgences de Porrentruy ne sont pas équipées pour la prise en charge de cas graves. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie

Les horaires de la garde médicale seront élargis. Aujourd’hui, la garde médicale débute à 8 heures et se termine à 20 heures. À l’avenir, elle sera prolongée jusqu’à 22 heures. «C’est un effort de la part des médecins qu’il faut saluer», soulignent Olivier Guerdat et Dumeng Décosterd. Comme aujourd’hui, les appels au 0800 300 033 seront pris en charge par la Centrale d’appels sanitaires urgents (CASU), où des professionnels procèdent à un premier tri: envoi du moyen de sauvetage adapté (aujourd’hui ambulance ou REGA) si nécessaire, sinon transmission de l’appel au médecin de garde.

Il y aura toujours une ambulance sur le site de Porrentruy. «Il faut distinguer urgences et sauvetage», souligne le Dr Décosterd. Brièvement dit, le sauvetage précède l’entrée à l’hôpital: ce sont, à l’heure actuelle, le 144, l’ambulance et la REGA. Les urgences, elles, désignent ce qui se passe en milieu hospitalier. Or, les normes en matière de sauvetage imposent un temps de trajet de 15 minutes maximum dans 90% des cas entre le lieu de stationnement de l’ambulance et son arrivée au chevet du patient. Malgré la fermeture des urgences, il y aura donc à l’avenir, comme aujourd’hui, une ambulance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 à Porrentruy.

La «chaîne du sauvetage» sera renforcée. Aujourd’hui, un Ajoulot ou un autre Jurassien qui a composé le 144 verra, si la nécessité en est avérée, une ambulance, éventuellement la REGA, arriver sur les lieux. À l’avenir, la «chaîne du sauvetage», comme l’on dit dans le jargon, sera étoffée. Les professionnels du 144 pourront envoyer un premier répondant (un bénévole formé, capable de faire un massage cardiaque et d’utiliser un défibrillateur – le Jura en compte déjà plusieurs centaines), un médecin d’urgence de proximité (un médecin déjà installé dans le Jura et qui sera d’accord d’intervenir pour les cas graves en attendant l’arrivée de l’ambulance et du SMUR – il en faudra une quinzaine, estime l’Hôpital du Jura) et un SMUR (voir ci-dessus). «Ce renforcement de la chaîne du sauvetage permettra d’améliorer le taux de survie de patients graves, surtout lors de malaises cardiaques pour lesquels chaque minute compte», insiste Olivier Guerdat.

Le panneau «Urgences» devrait disparaître de la façade de l’hôpital de Porrentruy d’ici un an.
Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie

Porrentruy aura son SMUR. Mais ce Service mobile d’urgence et de réanimation ne remplacera pas l’ambulance: «Le SMUR transporte le médecin, pas le patient», résume Olivier Guerdat. Il s’agit d’un véhicule destiné à amener un médecin et un infirmier sur les lieux d’un sauvetage, où ils appuieront les ambulanciers dans leur travail. Le SMUR principal, disponible 24h/24, sera à Delémont, mais l’un des véhicules sera basé à Porrentruy où il pourra être activé pendant les heures de présence du médecin urgentiste, c’est-à-dire les heures d’ouverture de la policlinique (de 9 heures à 18  heures). Suffisant? «Sur la base des statistiques actuelles, on pense qu’on aura deux interventions du SMUR par jour sur l’ensemble du canton, indique le Dr Décosterd. Donc oui, c’est suffisant.» «Et c’est de toute façon mieux qu’aujourd’hui, puisque le SMUR n’existe pas à l’heure actuelle», renchérit Olivier Guerdat. La même remarque s’applique d’ailleurs pour les premiers répondants et les médecins d’urgence de proximité. «D’autres cantons, comme le Tessin et le Valais, ont mis en place un concept identique et ça fonctionne. Nous ne jouons pas aux apprentis-sorciers», conclut Olivier Guerdat.

Un reportage de Claire Jeannerat, publié le le 6 septembre 2018, N° 463

Deux patients par nuit en moyenne

Ce nouveau concept de médecine d’urgence et de sauvetage, qui devrait se concrétiser en fin d’année prochaine, n’entraînera aucune économie. Sa seule ambition, c’est «la meilleure prise en charge possible pour le patient gravement atteint», assure Olivier Guerdat. «Si on ne ferme pas les urgences de Porrentruy et Saignelégier, on aura des problèmes de recrutement», ajoute le Dr Dumeng Décosterd. Les urgences de Porrentruy ont accueilli l’an dernier 4600 patients. La plupart viennent en journée (8.6 personnes en moyenne entre 9 heures et 18 heures). Le soir et la nuit par contre, l’activité est faible: deux personnes en moyenne de 18 heures à 22 heures et deux également de 22 heures à 9 heures. Parmi celles-ci, un nombre insignifiant de cas graves, et c’est tant mieux puisqu’ils doivent de toute façon être transférés à Delémont. Mais cette activité de nuit «ne permet pas de justifier la présence de personnel médico-soignant formé, tant d’un point de vue de l’efficience que de l’attractivité des postes de travail», affirme l’Hôpital du Jura. Mais les patients ajoulots, conclut le Dr Décosterd, n’ont pas à craindre pour leur sécurité: «La seule perte potentielle, avec ce nouveau concept, ce sont des cas bénins qui allaient la nuit aux urgences». CLJ